Le fléau des arnaques contre les seniors en Tunisie
Entre piratages de plus en plus élaborés et chantages affectifs bien rodés, les personnes âgées en Tunisie sont devenues des cibles de choix pour des réseaux criminels qui n’ont aucun scrupule. Dans l’émission « Senior Plus » sur Express FM, l’avocat Elyes CHAFTER a voulu lever le voile sur cette réalité que beaucoup préfèrent taire, par peur du regard des autres ou par pure honte.
Les chiffres donnent le vertige
De 2024 à 2025, plus de 20 000 cyberattaques ont été recensées en Tunisie, et une partie vise tout spécialement les seniors. Mais ce n’est sans doute que la pointe de l’iceberg : combien de victimes renoncent à porter plainte, de peur de passer pour des naïfs ou tout simplement parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre ?
Pourquoi les aînés tombent-ils si facilement dans les filets ?
Maître CHAFTER avance plusieurs explications. D’abord, les seniors gardent une confiance instinctive envers les institutions comme la banque, la police ou la poste, ce qui les rend bien moins méfiants face à un faux message officiel. Ensuite, beaucoup vivent dans un isolement social qui les pousse à nouer la conversation avec des inconnus, et c’est exactement l’ouverture que cherchent les manipulateurs. Enfin, il y a cette fameuse « fragilité numérique », cette difficulté à dompter les nouveaux outils technologiques, qui facilite grandement les piratages et l’usurpation d’identité.
Côté méthodes, les escrocs font preuve d’une imagination débordante
Il y a d’abord l’usurpation d’identité : des pirates s’emparent du compte Facebook d’un proche et réclament de l’argent en urgence, en prétextant une garde à vue. Il y a aussi l’arnaque au sentiment, avec ces fausses amitiés qui se nouent sur TikTok ou Facebook, avant de déboucher sur des demandes de fonds pour des projets mirifiques ou des problèmes de santé inventés de toutes pièces. Sans oublier les escroqueries à la « Omra » : de soi-disant agences de voyages encaissent les économies d’une vie entière pour des pèlerinages qui n’auront jamais lieu.
Comment se protéger ?
Maître CHAFTER rappelle quelques signaux d’alerte essentiels : l’urgence artificielle (« il faut payer tout de suite »), le secret imposé (« ne le dis à personne »), et la demande de codes confidentiels. « Une banque ou un opérateur ne vous demandera jamais votre mot de passe par téléphone », insiste l’avocat.
Lorsque la personne souffre d’un déclin cognitif, comme dans la maladie d’Alzheimer, la famille ne doit pas hésiter à consulter un spécialiste. Sur le plan juridique, il est tout à fait possible de saisir le juge des tutelles pour mettre les comptes et le patrimoine du senior à l’abri. Cela permet d’éviter qu’il ne signe, sous influence, des documents aux conséquences irréversibles. Enfin, le dialogue reste l’arme la plus précieuse : discuter régulièrement avec son parent âgé, c’est briser son isolement et repérer les tentatives d’arnaque avant qu’il ne soit trop tard.


