La reconversion des seniors en Tunisie : un nouveau souffle professionnel
La question de la reconversion professionnelle après 60 ans s’impose désormais comme un véritable enjeu de société. Entre promesses économiques et freins psychologiques, Tarek Loussaief, psychopédagogue et coach d’orientation et de transition nous éclaire sur ce virage décisif.
Une réelle bascule démographique
En Tunisie, le vieillissement démographique n’est plus une simple donnée statistique: c’est un phénomène qui redessine le paysage social. Les derniers chiffres du recensement sont parlants – les seniors constituent aujourd’hui 16,9 % de la population. Cette bascule démographique a fait émerger ce qu’on appelle la « Silver Economy », un secteur en plein essor qui investit le logement, la technologie, la santé et, de plus en plus, l’emploi des plus de 60 ans.
Anticiper la transition plutôt que la subir
Invité par Lassaad Ghachem dans l’émission Senior Plus sur les ondes de Radio Express FM, Tarek Loussaief a tenu à lever une ambiguïté importante : celle qui existe entre « transition » et « reconversion ». La première est un cheminement réfléchi qui se prépare souvent bien avant la fin d’un cycle professionnel, précisément pour éviter le choc brutal de l’inactivité. « Il faut s’informer et oser apprendre à tout âge », insiste-t-il, rappelant ce principe bien connu selon lequel on cherche la science du berceau jusqu’à la tombe.
Ce qui pousse à franchir le pas
Les raisons de se lancer dans une nouvelle carrière sont aussi diverses que personnelles. Certains veulent améliorer l’ordinaire, d’autres ressentent un besoin viscéral de redonner du sens à leur quotidien, ou encore de prouver à leur entourage qu’ils demeurent capables de se mesurer à de nouveaux défis. « Le senior veut montrer qu’il détient une expertise qui a de la valeur », observe l’expert.
Reste que le parcours est semé d’embûches. L’âgisme constitue l’obstacle n°1 : une forme de discrimination insidieuse par laquelle la société – et parfois la propre famille – pousse le senior vers un repos qu’il n’a pas demandé. S’y ajoute la peur de l’échec, nettement plus paralysante à 60 ans qu’à 20, parce que le regard des autres pèse d’un tout autre poids à cet âge de la vie.
Des débouchés là où on ne les attend pas
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les seniors trouvent leur place dans des domaines bien plus variés qu’on ne l’imagine. Au-delà du conseil et de l’expertise technique, on croise des parcours réussis dans la restauration, l’industrie et surtout l’agriculture. Certains se lancent même dans l’aventure des start-ups, à l’image de ce retraité tunisien qui a développé une application médicale novatrice après son soixantième anniversaire.
Les ingrédients d'une réussite
Pour négocier ce virage avec succès, Tarek Loussaief recommande de s’appuyer sur trois piliers : D’abord, un vrai travail sur soi (faire l’inventaire de ses compétences transférables et de ses aspirations profondes). Ensuite, entretenir coûte que coûte son réseau relationnel – l’isolement reste l’ennemi numéro un du senior, il faut s’accrocher à des cercles dynamiques. Enfin, miser sur ses « soft skills » : leadership, intelligence émotionnelle, gestion de crise… autant d’atouts que les entreprises recherchent activement chez les profils expérimentés.
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Pour finir, la reconversion des seniors n’a rien d’un effet de mode. C’est une nécessité pour une société qui entend tirer parti de son capital humain dans sa globalité. Comme le rappelle cet échange, le changement reste possible à tout âge – à condition d’y mettre la volonté et la méthode.


